dimanche 18 août 2024

Résumé de Plume, pinceau et bistouri

Résumé de l’intrigue de Plume, pinceau et bistouri

Ce document de Fleur Habitson constitue la deuxième contribution pataphysique au labyrinthe des hypothèses masquées.

 

Puisant son ressort loufoque dans les extravagances contraceptives d’un petit maître facétieux du Paradox’art, cette intrigue se présente sous les dehors d’une minutieuse enquête esthétique dont le fil conducteur n’est autre que l’arme grotesque ayant présidé au crime, en l’occurrence une œuvre-dard insolite échappant à toute nomenclature terrestre (en fait, nous apprendrons dans le cours du récit qu’il pourrait bien s’agir d’un ur en provenance de Tlön). Construite sur un scénario retors, cette fable d’inspiration pataphysique s’acharne à taquiner avec assiduité les poncifs de paternité intellectuelle et de fécondité artistique, tout en offrant un prolongement inédit à la fable idéaliste de Borges faisant référence à une contrée peuplée d’hérésiarques dont l’un des ressortissants se fit un devoir de stigmatiser les miroirs et la copulation, au motif que tous deux détiennent le funeste pouvoir de multiplier le nombre des individus. 

Au printemps d’une vie déjà bien remplie, Fleur Habitson - une collectionneuse de renom - se vit confier la mission somme toute délicate de relater la très paradoxale posture intellectuelle de son défunt compagnon - le peintre sans œuvre, Alberto Fushni -, qui, jadis, se forgea une solide position dans le champ du Paradox’art, en se dotant d’une méthode de contraception artistique particulièrement radicale, avec laquelle il parvint, non sans brio, à faire la preuve de sa stérilité exemplaire. Tout au long du récit, et à son corps défendant, la narratrice se fera impunément corriger par une deuxième voix, celle d’un enquêteur tatillon - le sémillant commissaire Ben Harsiflout - qui, avec un culot monumental, s’adressera parallèlement au lecteur afin de lui brosser, en contrepoint, un portrait nettement moins élogieux de celui qui, à n’en pas douter, fut aussi son amant. 

Outre le fait d’égratigner avec élégance un certain nombre de pratiques inféodées à l’idole de la Modernité, l’une des prouesses rhétoriques de cette farce existentielle réside dans le fait de surenchérir de façon outrancière sur le ridicule des commentaires ampoulés qui ont pour fonction de légitimer les objets destinés à l’appréciation esthétique. Le quidam à la page y reconnaîtra de temps à autre quelques figures emblématiques du microcosme de l’art comptant pour rien, univers qui sera irrésistiblement évoqué dans un détonant cocktail d’ironie et d’érudition. Ce jeu de pistes intentionnellement déroutant, misant secrètement sur l’égale force de séduction des quatre scénarios en présence, nous invite, non seulement à réévaluer l’ineffable mystère que constitue l’origine problématique de toute production à visée représentationnelle, mais également à reconsidérer la très romanesque cosmogonie gnostique, appréhendée dans cet exercice de style maniériste, tantôt comme une désopilante raillerie visant à déculotter le Sérieux, tantôt comme une branche ancestrale et abracadabrante de la littérature fantastique. 

Souhaitant stimuler l’imaginaire de ses lecteurs en ne leur offrant que les seules illustrations photographiques nécessaires à la bonne compréhension de l’intrigue, cette fresque idéaliste a toutefois le mérite d’exhumer, de par sa seule puissance évocatrice, un certain nombre d’œuvres-clés religieusement conservées dans l’énigmatique Sanctuaire des hypothèses masquées, artefacts habilement tissés en réseaux de sens, et que d’innombrables fils, volontairement entremêlés, nous empêcheront, pour un temps, de relier aux activités occultes de l’Orbis Tertius, lobby fort influent qui sut faire du Paradox’art, non seulement l’astucieux vecteur d’un important trafic de substances hallucinogènes, mais encore et surtout une stratégie d’infiltration de notre monde par d’inquiétants objets venus de régions mal définies, et conçus, apprendra-t-on, par simple suggestion mentale.