Préface de Cécilia Tomplar
Chaque idiome ayant pour vocation d’arracher au silence primordial des pépites sonores à nulle autre pareilles, il va sans dire que, malgré mon souci de retranscrire au mieux le caractère chatoyant de la langue uqbarienne, l’édition de ce second blog - qui a pour vocation de présenter le cadre épistémologique du Labyrinthe des hypothèses masquées - ne pourra offrir au lecteur francophone qu’une version inévitablement édulcorée des savoureuses analyses relatives à cette fiction (se reporter au blog éponyme). D’ailleurs, le jour même où fut annoncée ma velléité de diffuser hors des frontières de l’Uqbar la fine fleur de notre patrimoine artistique, les plus hautes autorités morales de notre contrée ne manquèrent pas d’exprimer avec fermeté leur défiance à l’égard d’un prosélytisme culturel que, jusque-là, nos us et coutumes avaient superbement dédaigné. Craignant de voir notre gracieuse prose altérée par l’exigeante rigueur de son idiome de destination, nos Vieux Sages de l’Institut des Grandes Interrogations soulignèrent fort justement que, d’un point de vue spirituel, comme d’un point de vue stylistique et théorique, ces chroniques fleuries n’avaient rien à gagner à être desserties de leur admirable écrin d’origine, et que, dès l’instant où elles seraient délestées de leurs pétillantes outrances baroques et maniéristes, elles perdraient toute charge poétique. N’étant pas parvenue, malgré leurs mises en garde répétées, à écraser dans l’œuf mon impérieux désir d’exporter en territoire étranger nos railleries locales sur l’art et la procréation, j’en suis réduite aujourd’hui à implorer la clémence de mes maîtres en stérilité volontaire. Que les honorables barbes blanches qui pestent contre cet insolent coup de canif porté à l’immémoriale discrétion de l'Uqbar veuillent bien excuser mon extravagante initiative !