Les 28 hypothèses théoriques ayant donné naissance à la fiction pataphysique du labyrinthe des hypothèses masquées !
Le labyrinthe des hypothèses masquées se
présente explicitement comme l’exposé des brouillons successifs qui le
constituent dans le temps, autant dire comme le lent mouvement de correction et
d’ajustement que la pensée s’impose pour tenter de parvenir à une forme
acceptable de cohérence ; bien entendu, celle-ci étant chimérique dans
l’absolu, cette production de l’esprit ne sera donc jamais rien de plus que
l’expression assumée de l’échec à atteindre une quelconque perfection
paradigmatique. C’est la raison pour laquelle, même si les vingt-huit conjectures qui constituent le présent cadre
épistémologique du labyrinthe des
hypothèses masquées sont l’aboutissement d’une longue réflexion critique,
elles ne sauraient être assimilées pour autant à une construction théorique
définitive dont l’architecture ne serait pas amendable. Le mensonge cardinal
des bâtisseurs de systèmes réside dans le fait de présenter le résultat de leur
pensée de telle façon que le processus d’élaboration n’y apparaisse jamais. Le
procédé a ses raisons et ses adeptes. Pourtant, il n’est rien qui aura tant
desservi ceux qui prétendent à une pensée vivante que d’effacer ainsi les
traces du ciseau et de la colle. Les énoncés contenus dans ces vingt-huit
fragments, dans leur inachèvement postulé, doivent être appréhendés comme l’expression,
à un instant donné, des limites atteintes par la réflexion des membres de Pneuma. Aussi le lecteur ne
trouvera-t-il dans cette notice, comme dans toutes les précédentes, que des
matériaux de l’espèce élémentaire, tels qu’ils peuvent se présenter avant tout
développement, avant toute critique, en deçà et à rebours du désir de les
fossiliser dans une forme que d’aucuns auraient souhaitée irrévocable.
Les vingt-huit hypothèses théoriques et leurs conséquences pratiques
L’agence Pneuma considère que tout ce qu’elle exprime, dénote ou exemplifie n’est qu’un brouillon perpétuel, une somme d’annotations griffonnées en marge d’un texte sans début ni fin, fragments de pensée et de matière qu’il est impossible d’inscrire dans le marbre, et qui, lorsqu’ils ne sont pas régulièrement activés, ont la fâcheuse tendance à s’effacer. Ce que l’agence Pneuma donne simultanément à voir et à lire (ou à voir et à entendre) n’est donc qu’un commentaire partiel (et, bien entendu, transitoire) sur des productions à visée représentationnelle qui, bien souvent, ont déjà été conçues et réalisées par d’autres avec maestria, mais à qui il est aussi arrivé d’être maltraitées ou simplement ébauchées. Dans un monde où prévaut la sensation de saturation formelle et d’approximation discursive, l’agence Pneuma a décidé de prolonger les premières de ces productions et de reconsidérer certaines parmi les secondes qui leur semblent avoir péché par précipitation de la main et de l’esprit - l’objectif étant ainsi d’en perpétuer l’existence sous une forme régulièrement augmentée ou corrigée.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette première conjecture est la nécessité de remettre en cause les notions théoriquement inconsistantes (et pour le moins immodestes) de propriété intellectuelle et de paternité artistique, en se présentant comme des embrayeurs et des développeurs, et non comme des créateurs. La démarche de l’agence Pneuma se veut donc extractive et corrective, et non pas inventive.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette première hypothèse théorique est la décision prise par ses membres d’œuvrer durablement dans l’anonymat sous une dénomination commune rappelant le terme de Pneumatiques que se donnaient jadis les Gnostiques.
L’agence Pneuma considère que le prédicat œuvre d’art que d’aucuns apposent de façon péremptoire sur certains artefacts n’est qu’une vilaine pétition de principe visant à accorder d’emblée une plus-value de prestige à des objets qui, à l’évidence, ne présentent pas le même degré de séduction ni le même intérêt cognitif pour tous les individus.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette deuxième conjecture est la nécessité de faire l’économie de cette expression particulièrement coûteuse sur le plan intellectuel, tant par les querelles sans fin que suscite l’élasticité de sa définition que par le fait qu’elle désamorce de façon insidieuse l’attention et la conduite esthétique que chacun pourrait déployer devant de tels artefacts, s’ils n’étaient présentés avec cette bien suspecte auréole de sainteté.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette deuxième hypothèse théorique est la décision prise par ses membres de qualifier génériquement chacune de leur production d’« objet destiné à l’appréciation esthétique », afin de bien souligner le fait que celle-ci sollicite non pas une admiration sans réserve (due à on ne sait quel statut privilégié dont elle serait couronnée par décision péremptoire et unilatérale), mais plus modestement une attention cognitive particulière (dénommée attention esthétique) qui, elle-même, dépend du degré de satisfaction ou de dis-satisfaction qu’elle peut générer chez son récepteur.
L’agence Pneuma considère que ceux qui se chamaillent continûment pour définir de manière ségrégationniste le périmètre de l’œuvre d’art le font rarement pour des raisons simplement cognitives, mais parce qu’ils entendent surtout présenter cette notion comme une réalité ontologique « à part » qui se situerait un cran au-dessus de toutes les autres productions humaines. L’expression œuvre d’art devient ainsi dans leur bouche un terme laudateur, et le fait d’appartenir au domaine des œuvres ou d’en être exclu semble soudain engager la dignité ontologique des objets eux-mêmes. Aussi la question lancinante « est-ce une œuvre d’art ? » nous est-elle régulièrement présentée comme une sorte d’insupportable angoisse existentielle que, bien entendu, nous serions censés partager.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette troisième conjecture est la nécessité de souligner le ridicule et le comique de cette inquiétude d’opérette. En effet, la dignité ou l’indignité des réalités du monde, quelles qu’elles soient, ne sont jamais que le résultat d’une perspective humaine singulière sur ces réalités et non le fruit de propriétés qui leur seraient intrinsèques. Ce constat banal vaut pareillement pour les productions de l’esprit qui sont proposées à l’appréciation esthétique : une « œuvre » qui nous ennuie possèdera toujours moins de dignité à nos yeux qu’un simple objet qui retient notre attention. Reconnaître la relativité et la subjectivité de ce fait brut nous engage à déprécier de façon définitive la problématique des frontières de l’art. Cette fausse interrogation (qui est davantage destinée à nous enfumer qu’à nous éclairer) n’a ni l’intérêt cognitif ni l’importance axiologique que nombre d’Occidentaux lui ont accordée durant ces deux derniers siècles.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette troisième hypothèse théorique est la décision prise par ses membres de souligner le fait que leur activité est avant tout fondée sur l’attention esthétique soutenue qu’ils sont en capacité de porter aux productions de l’esprit réalisées par leurs devanciers, productions que, par leurs fictions iconographiques chargées d’une toute petite touche additionnelle d’intention esthétique, ils entendent ainsi prolonger ou corriger. Des deux activités alternativement mobilisées - l’attention et l’intention esthétiques -, c’est indéniablement à la première que l’agence Pneuma doit en priorité l’existence de son projet. En effet, sans l’attention singulière portée durant de nombreuses années au Déjeuner sur l’herbe de Manet, à Fontaine de R. Mutt, à l’outil visuel de Buren, et, entre autres, au Statement n°462 de Lawrence Weiner, jamais les membres de l’agence Pneuma n’auraient pu élaborer les premières fictions structurantes de leur jeu que sont le cordon sans fin (segment x à y), la revanche d’Athéna d’Ignolargo Sefes, ou la partition linguistique n° 28 de Patti Iron.
L’agence Pneuma considère que limiter la notion d’objet destiné à l’appréciation esthétique à la durée de vie biologique d’un seul individu est grandement préjudiciable à la force de séduction d’une œuvre de l’esprit dans le temps.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette quatrième conjecture est la nécessité de reprendre et de développer l’argument de la fiction de Borges intitulée Tlön, Uqbar, Orbis Tertius, argument stipulant qu’il faut bien plusieurs générations d’individus pour édifier une « œuvre » digne de ce nom (en l’occurrence, dans la nouvelle de l’Argentin, la construction de la planète Tlön, par le truchement d’une stratégie consistant à élaborer méthodiquement son encyclopédie éponyme).
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette quatrième hypothèse théorique est de proposer un jeu structuré à partir des arguments idéalistes, gnostiques et fantastiques qui donnent sa cohérence intellectuelle à la fable de Borges, jeu de filiations qui, par ailleurs, aura une vocation intergénérationnelle et dont l’intitulé sera : le labyrinthe des hypothèses masquées.
L’agence Pneuma considère que les arguments démagogiques faisant appel au besoin de légèreté et de simplicité (qu’illustre la paresseuse et très florissante formule populaire ne pas se prendre la tête) sont utilisés depuis longtemps par les marionnettistes du capitaclysme comme ingrédients majeurs destinés à distraire les foules. Nouveau conformisme, cette stratégie infantilisante affecte tous les secteurs de la société. Les maîtres du monde tentent de se faire oublier en encourageant ce qui concourt au mépris de toute démarche relevant de la complexité. A ce titre, l’art dit contemporain est devenu la référence faussement subversive d’une industrie sécrétant en permanence des objets sommaires et des discours de légitimation qui ne le sont pas moins.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette cinquième conjecture est la nécessité de se démarquer des codes simplistes et démagogiques de la publicité qui servent de modèles à toutes les formes du divertissement culturel, et dont l’objectif est l’évacuation de tout questionnement métaphysique au profit du spectaculaire, du clinquant et du festif ; et, en conséquence, refuser d’inscrire sa pratique dans une logique de surenchère technologique, car, la plupart du temps, cette perspective, privilégiant les moyens, afin de camoufler l’indigence des contenus, n’aboutit qu’à la sidération par l’usage d’effets spéciaux. Passés depuis longtemps du stade de la considération à celui de la sidération, les objets proposés à l’appréciation esthétique, s’ils souhaitent poursuivre le jeu ancestral et réversible de la séduction plutôt que de s’inscrire dans le terrorisme coup-de-poing de la fascination, pourront toujours opter pour une reconsidération ironique des discours de légitimation.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de
cette cinquième hypothèse théorique est la nécessité de bien souligner la différence, à travers les productions textuelles et
visuelles appariées qu’il propose, entre ce qui relève de l’ironie (dont le
subtil niveau de complicité qu’elle requiert du lecteur ou du regardeur suppose
que celui-ci soit toujours tenu en très haute estime intellectuelle) et ce qui,
dans les productions anorexiques, triviales et carnavalesques de l’art dit
contemporain ne relève plus que du Disney Land, du gag visuel, de l’à-peu-près,
et, le plus souvent, de l’anecdotique.
L’agence Pneuma considère qu’un objet destiné à l’appréciation esthétique est une proposition qui souhaite explicitement entrer dans le champ restreint d’un certain type de productions symboliques. Or, pour entrer dans ce champ spécifique de production, encore faut-il que l’objet en question y soit introduit, ce qui est généralement la fonction dévolue au discours, au texte, voire à de nombreux textes d’inspiration différente. De l’allure et de l’ambition du ou des textes constructeurs dépend aussi la durée de vie de l’objet que l’on destine à l’appréciation esthétique. A ce titre, ce dernier est moins un objet muet isolé dans sa splendeur opaque, si jamais il le fut, qu’un objet textué qui se métamorphose dans le temps.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette sixième conjecture est la nécessité de proposer un objet textué qui, d’une part, aspire à s’inscrire dans un patrimoine symbolique de filiation gnostique, pataphysique et fantastique répondant à la nouvelle de Borgès, d’autre part, un objet textué qui soit en capacité de se nourrir en permanence de ses propres fictions diversifiées.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette
sixième hypothèse théorique est de proposer
non pas un objet textué structuré autour d’une catégorie générique déjà répertoriée (peinture, sculpture,
ready-made, simulacre d’imitation ou objet spécifique) mais plutôt un objet
textué faisant appel à une pragmatique des usages qui reposerait sur une
multiplication délibérée des hypothèses génétiques relatives à son histoire de
production supposée, en d’autre termes un objet pataphysique, si l’on veut bien
accepter cette définition de la ’Pataphysique comme étant « la science des
solutions imaginaires qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés
des objets décrits par leur virtualité » (Jarry).
L’agence Pneuma considère que l’Occident s’est fourvoyé durant des siècles dans ce pari de la représentation consistant à croire et à faire croire qu’un signe puisse renvoyer à une profondeur du sens, qu’un signe puisse s’échanger contre du sens et que quelque chose (une valeur-étalon) serve au final de caution à cet échange (Dieu, dans le passé, ou l’art, plus récemment, comme nouvelle divinité laïque). Mais dès l’instant où Dieu lui-même et l’art ont pu être simulés, c’est-à-dire réduits aux signes qui en font foi, alors tout le système est passé en état d’apesanteur, gigantesque simulacre ne s’échangeant plus jamais contre du réel, mais s’échangeant en lui-même, dans un circuit ininterrompu dont ni la référence ni la circonférence ne sont nulle part. Tel est le registre de la simulation qui s’oppose à celui de la représentation.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette septième conjecture est la nécessité d’utiliser de nouveaux outils théoriques répondant à ce constat que nous sommes progressivement passés d’un univers mental régi par le principe d’équivalence entre le signe et le réel (registre de la représentation) à un système qui nie radicalement le signe comme valeur et qui, à rebours, part du signe comme réversion et mise à mort de toute référence (registre de la simulation). Alors que la représentation tente d’absorber la simulation en l’interprétant comme fausse représentation, la simulation enveloppe tout l’édifice de la représentation lui-même comme simulacre.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette septième hypothèse théorique est la décision prise par ses membres de s’inscrire dans une stratégie flattant la puissance meurtrière des images, meurtrières du réel, du référent, meurtrières de leur propre modèle, comme les icônes de Byzance pouvaient l’être de l’identité divine. L’agence Pneuma n’aura donc de cesse de mettre en abyme toute forme de représentation de la réalité.
L’agence Pneuma considère que l’image et l’objet ont une histoire parallèle pouvant se décomposer en quatre phases : d’abord, ils sont le reflet d’une réalité ; puis, ils altèrent cette réalité ; ensuite, ils masquent cette réalité ; enfin, ils n’ont plus aucun rapport à quelque réalité que ce soit : ils deviennent des signes vides, sans signifiant ni signifié. Dans la première phase, l’image et l’objet sont une bonne apparence du fragment de réalité qu’ils dénotent : la représentation relève ici de l’ordre du sacrement. Dans la seconde phase, l’image et l’objet sont une mauvaise apparence du fragment de réalité qu’ils dénotent : la représentation relève ici de l’ordre du sortilège. Dans la troisième phase, le récepteur est dans l’incapacité de savoir quel fragment de réalité l’image et l’objet veulent précisément dénoter, mais la dénotation existe bel et bien, elle est simplement masquée de manière intentionnelle par l’émetteur : la représentation relève ici de l’ordre du secret. Enfin, dans la quatrième phase, l’image et l’objet ne dénotent plus aucun fragment de réalité : nous sortons alors du registre de la représentation pour entrer dans celui de la simulation, qui relève de l’ordre de l’énigme.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette huitième conjecture est la nécessité de distinguer entre les images et les objets qui dissimulent quelque chose de la réalité (troisième phase) et ceux qui simulent l’existence de quelque chose, alors qu’il n’y a plus rien à dénoter, mais seulement quelque chose dont on parle sur le mode pataphysique, c’est-à-dire sur le mode virtuel (quatrième phase). Les premiers renvoient à l’idée de secret (et, par conséquent, présupposent encore la possibilité d’une théorie de la vérité) ; les seconds inaugurent l’ère de la simulation dans laquelle il n’y a plus de Dieu pour reconnaître les siens, plus de Jugement Dernier pour séparer le faux du vrai, le réel de sa résurrection artificielle, car tout est déjà mort et ressuscité d’avance.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette huitième hypothèse théorique est la décision prise par ses membres de produire des images et des objets qui simulent qu’il y a quelque chose alors qu’il n’y a rien, en multipliant à l’envi les signes de réalité et les référentiels en tous genres (par le truchement d’une surenchère de fictions à caractère pataphysique se rapportant toutes à un artefact de simulation qui fonctionne comme objet-lien entre elles).
L’agence Pneuma considère que, puisque chaque phase générique de l’image et de l’objet ne peut se soutenir que de l’alibi de l’ordre référentiel antérieur, le fait d’avoir opté pour le registre de la simulation ne l’empêche nullement, pour conduire son propos, de puiser en permanence dans le registre des trois phases de la représentation toutes les ficelles de la séduction rhétorique qui, dans le cadre de la narration, font appel au secret, comme par exemple l’usage de certaines figures de pensée ou de style, telles que l’allusion, l’analogie, l’anagramme, le palindrome, la périphrase, ou encore la présomption.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette neuvième conjecture est la nécessité de distinguer entre ce qui, dans le champ des productions de l’esprit, relève d’un statu quo qui doit être régulièrement bousculé (comme, par exemple, le nouveau cadre épistémologique d’un objet que l’on destine à l’appréciation esthétique, la forme qui en résulte, les modalités de présentation et d’accès à l’ensemble des intentions qui sont cristallisées en lui) et ce qui en constitue un invariant (essayer de capter puis de retenir l’attention d’un tiers, tenter de le séduire par la satisfaction des sens et de l’esprit).
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette neuvième hypothèse théorique est la décision prise par ses membres d’utiliser tous les moyens disponibles pour générer du trouble chez le récepteur, et, en priorité, cela va de soi, chez le récepteur doté d’un capital symbolique proche du leur.
L’agence Pneuma considère que l’histoire des grandes ruptures paradigmatiques dans le champ des arts visuels permet de considérer que, dorénavant, le lieu d’une production qui est destinée à l’appréciation esthétique n’est plus prioritairement son ancien lieu de fabrication (l’atelier pour Brancusi), son périmètre institutionnel de légitimation (pour le ready-made de Duchamp), pas plus d’ailleurs que son architecture d’accueil ou son cadre d’inscription idéologique (pour l’outil visuel de Buren), mais plutôt l’espace syncrétique spécifique (livre et support numérique) qui est en capacité de concentrer tout à la fois le lieu de sa production plastique, celui de sa légitimation discursive, celui de sa monstration, et, enfin, celui de sa diffusion. Le lieu de la proposition qui est offerte à l’appréciation esthétique, c’est, avant tout, l’ensemble des supports privilégiés que celle-ci se choisit pour s’offrir dans les meilleures conditions possibles à l’attention d’un récepteur, ou, pour le dire autrement, la manière dont elle documente l’ensemble de ses intentions. En d’autres termes, l’agence Pneuma considère que le lieu du labyrinthe des hypothèses masquées correspond à l’ensemble des moyens dont celui-ci se dote au fil du temps, afin de faciliter sa réception, à un moment donné, et en direction d’un public ciblé.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette dixième conjecture est la nécessité de se tenir à distance respectable de tous les lieux de production et d’exposition du passé, et, par la même occasion, des lieux communs de la pensée dans lesquels communient ceux qui fréquentent ces espaces idéologiquement et épistémologiquement encadrés, donc de remettre en cause la dimension prétendument incontournable des innombrables structures ayant jusqu’ici participé à la promotion et à la légitimation des objets qui sont proposés à l’appréciation esthétique : ateliers, salons officiels ou indépendants, galeries, musées, centres d’art, établissements culturels, foires ou biennales.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette dixième hypothèse théorique est la décision prise par ses membres d’utiliser un lieu de réception qui soit mieux adapté au registre de la simulation. Ce lieu ne sera rien d’autre que l’objet textué devenu, enfin, « objet textuel » : il se composera de la somme des catalogues raisonnés, revues spécialisées, sites ou blogs informatiques, ou encore ouvrages et conférences relatifs à la production supposée des artistes imaginaires qui circuleront dans le cadre du labyrinthe des hypothèses masquées.
L’agence Pneuma considère, de façon ironique, que l’exposition publique est un media qui a largement dépassé sa date de péremption, une sorte de préjugé tenace hérité du passé, et que nous pouvons très bien nous contenter, à présent, d’un récit détaillé sur ce qui était (ou aurait été) à voir dans le cadre d’une exposition (récit accompagné de quelques photographies-témoins, esquisses ou schémas), dans la mesure où ce qui était (ou aurait été) à voir se trouvait déjà inscrit dans un récit détaillé sur ce qui était (ou aurait été) à comprendre à l’intérieur du catalogue de circonstance ou de la revue spécialisée chargée d’en rendre compte.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette onzième conjecture est la possibilité de limiter désormais la pratique artistique à la seule production de documents de légitimation (à la fois discursive et photographique), documents relatifs à l’œuvre supposée d’artistes modélisés et dont le vecteur principal (mais non exclusif) est la description iconographique (l’ekphrasis), ainsi qu’une nouvelle forme d’iconologie à caractère pataphysique.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette onzième hypothèse théorique est la décision prise par ses membres de ne plus proposer que des fictions iconographiques sous forme de publications traditionnelles (ou numériques) et de conférences illustrées par des diaporamas, exemplifiant ainsi le bon mot de Panofsky selon lequel, dans la guerre impitoyable que se livrent les historiens de l’art, c’est finalement à celui qui dispose du plus grand nombre de reproductions photographiques que revient toujours l’ascendant de notoriété.
L’agence Pneuma considère que la discipline des arts plastiques, en tant que branche distincte et matériellement repérable par ses grandes catégories génériques que sont le dessin, la peinture, la gravure et la sculpture, n’existe plus depuis longtemps que sur le mode nostalgique et médicalisé - qui est celui de la perfusion -, mode que l’on retrouve, de manière identique, dans le maintien artificiel des catégories désuètes de l’économique, du social et du politique ; la seule peau de chagrin nous restant étant l’insupportable logorrhée médiatique sur ces catégories moribondes.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette douzième conjecture est la possibilité, à travers l’espace imaginaire du Paradox’art, de proposer une nouvelle forme symbolique (le simulacre pataphysique) résultant justement de la fusion amoureuse et non moins facétieuse entre le bavardage mondain sur « la cannibalisation et la carnavalisation des expérimentations ridicules de l’art moderne et contemporain » et la fiction iconographique à caractère fantastique. Traitée sur le mode de la parodie, du pastiche ou de l’ironie, la visée de cette alliance insolite sera d’exacerber cette fonction du langage dont l’objectif n’a jamais été la communication ou la production de signification mais la seule volonté de maintenir le contact entre de futurs cadavres qui adorent raconter des histoires et de futurs cadavres qui adorent en lire ou en écouter.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette douzième hypothèse théorique est la décision prise par ses membres de donner de l’histoire des arts plastiques une version encore plus fantaisiste que la version officielle, approche sans doute grotesque et humoristique, mais finalement tout aussi crédible dans l’indécision de ses effets de sens que la version horriblement sérieuse, puritaine et décorative que l’on peut trouver, ici ou là, dans les encyclopédies menteuses d’hier ou d’avant-hier.
L’agence Pneuma considère que la publication, que ce soit sous sa forme papier ou sous sa forme numérique, ainsi que la conférence et le cabinet de curiosités, en tant que lieux plus conformes à la tenue de son propos ne sauraient constituer un empêchement quelconque pour aller, de manière tout à fait sporadique, porter mollement le fer au sein des institutions artistiques traditionnelles (non pas pour y conquérir du pouvoir mais pour y déposer, à contretemps, quelques poils à gratter de plaisanteries sophistiquées).
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette treizième conjecture est de ne pas s’interdire la possibilité d’utiliser la stratégie du clignotement (apparition-disparition) qui est celle de toute guérilla.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette treizième hypothèse théorique est la nécessité de se doter d’une arme légère (le cordon sans fin - segment x à y) qui, en tant que matrice, se présente allégoriquement comme le cheval de Troie du Paradox’art, outil visuel et rhétorique pouvant être occasionnellement introduit au sein du champ de l’art dit contemporain.
L’agence Pneuma considère que l’obsession de pureté que se partagent (entre autres) les héritiers du formalisme, du minimalisme et de l’art conceptuel, ainsi que leur peur panique de voir leurs productions contaminées par un type de récit non factuel et non objectiviste (autrement dit, par la fiction littéraire sous sa forme aussi bien profane que sacrée), rejoint parfaitement la conception épidémiologique que Platon se faisait de l’activité mimétique, coupable selon lui de pervertir l’âme en se servant de la magie.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette quatorzième conjecture est la nécessité de remettre en question le modèle gnoséologique platonicien (qui hiérarchise ontologiquement les modes de représentation du réel en sous-estimant de manière délibérée l’accès non réflexif à la connaissance que rend possible l’exemplification mimétique) et lui opposer le modèle pragmatique humien (qui, lui, perçoit le champ des représentations humaines comme un continuum fluctuant, régi par une énergétique résultant de la mise en œuvre de trois types de connexions que l’on retrouve pareillement dans toutes les opérations de l’esprit : la relation de ressemblance, la relation de contiguïté et la relation de cause à effet).
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette quatorzième hypothèse théorique est de mettre en place une forme d’expression reposant sur le dialogue entre deux modes de représentation que l’opinion, tout comme les tenants des courants artistiques les plus influents, tient toujours pour antinomiques : la fiction littéraire et les arts visuels. « Fiction iconographique » est l’appellation que l’agence Pneuma a donnée à cette forme d’expression métissée.
L’agence Pneuma considère que le monisme philosophique (cette doctrine stipulant que l’ensemble des phénomènes que l’on se propose de considérer peut être ramené à un seul paramètre, à une réalité unique et essentielle) demeure le vecteur principal de cette propension à la mono maniaquerie qui était déjà fortement à l’œuvre dans l’art moderne, et qui se poursuit de manière caricaturale dans l’art dit contemporain (à moi le bleu, à moi les rayures, à moi les empreintes, à moi les énoncés linguistiques, à moi les poubelles, à moi les télégrammes, à moi les pots de fleurs, à moi de compter les pas, à moi d’éclairer…).
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette quinzième conjecture est la nécessité d’extraire les pratiques relevant des arts plastiques de l’ornière asséchante où les a conduites cette approche réductrice consistant à définir l’art de manière ontologique à partir de ce que l’on pense être sa vérité, sa substance, son essence ; pour y parvenir, nul autre moyen que celui visant à réintroduire dans l’œuvre de la complexité et de la polysémie, par le truchement de l’imaginaire et de la fiction iconographique.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette quinzième hypothèse théorique est de présenter plusieurs chroniques (non hiérarchisées) relatives à un même artefact (de simulation), approches diversifiées sur le plan narratif, qui, de par l’indécidabilité de sens qu’elles ont pour vocation de générer chez le récepteur, invitent celui-ci à se construire une sorte de méthodologie du soupçon dont la vertu cardinale est justement de lui permettre de se tenir à distance de cette tentation du commentaire hégémonique aspirant à surplomber et à exclure tous les autres.
L’agence Pneuma considère que tous les discours qui se sont coalisés depuis Platon pour stigmatiser l’attitude mimétique dans le domaine des arts plastiques ou dans celui de la littérature, ne l’ont fait que parce qu’ils reconnaissaient implicitement sa puissance d’attraction et qu’ils s’en méfiaient pour sa force de séduction. L’acharnement de ces discours contre la fonctionnalité ludique de la mimésis tient à l’idée selon laquelle il y aurait une incompatibilité radicale entre la connaissance et le plaisir d’immersion auquel nous invite toute fiction, immersion qui, selon eux, reposerait de manière coupable sur le leurre.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette seizième conjecture est la nécessité de comprendre en quel sens la fiction, tout en se servant à des degrés divers de l’indispensable dispositif du leurre, ne peut être une fiction que si elle limite en même temps les effets de ce dispositif, donc le degré d’immersion que celui-ci induit ; d’où l’importance des artifices de blocage qui sont censés empêcher que l’immersion ne s’étende jusqu’à contaminer le cadre pragmatique global qui institue le récit en tant que fiction. L’imitation conçue comme production d’un semblant possède sa dynamique propre, déterminée uniquement par le degré d’isomorphisme entre l’imitation et ce qui est imité, et donc par le degré d’immersion qu’elle permet. Lorsque cet isomorphisme dépasse un certain seuil, alors le leurre opère pleinement, qu’elle qu’ait été l’intention ayant présidé à sa production : nous passons de l’immersion partielle qui caractérise la fiction à l’immersion totale qui caractérise le leurre.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette
seizième hypothèse théorique est la décision prise par ses membres, lors de la
tenue de chaque conférence-fiction ou lors de la publication d’une nouvelle
fiction iconographique, de s’entourer
d’un protocole d’immersion fictionnelle suffisamment explicite (para-texte)
annonçant au public qu’il va être plongé dans un univers imaginaire, univers
dans lequel, pour un temps déterminé - qui est celui de la fiction -, la
question du vrai et du faux sera momentanément suspendue et mise entre
parenthèses.
L’agence Pneuma considère que le récit, qu’il soit d’ordre mythologique, religieux, ou historique, a été durant des siècles le vecteur servant de (pré)texte à la grande majorité des compositions picturales. Même s’il constitue aujourd’hui un prédicat majoritairement accepté, l’abandon de toute forme de récit par les peintres modernes et leurs héritiers n’est peut-être qu’une parenthèse dans l’histoire de cette discipline.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette dix-septième conjecture, après un siècle et demi d’austérité déconstructiviste, réductionniste et formaliste, est l’opportunité de réinjecter du récit dans les arts visuels, mais sur un mode qui, cette fois-ci, ne sera aucunement passéiste (c’est-à-dire nostalgique de la mythologie gréco-latine, des allégories des religions juive ou chrétienne, ou encore des fresques historiques relatant les épisodes glorieux de la vie des puissants) mais audacieux, et, pour le moins, dis-sensuel, humoristique et totalement iconoclaste dans ses attendus. La grande différence, en effet, entre les récits mythologiques ou religieux et le récit fictionnel tient au fait que les premiers relèvent du registre de la croyance (pour les personnes qui s’y référaient dans le passé ou qui continuent à s’y référer aujourd’hui) et que le second est justement ce qui nous prémunit de toute espèce de croyance, puisque, avec le récit fictionnel, nous ne sommes précisément ni dans le registre du vrai ni dans celui du faux, mais de plain-pied dans celui de l’imaginaire.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette
dix-septième hypothèse théorique est la décision prise par ses membres, de truffer le labyrinthe des hypothèses
masquées de quelques épisodes iconographiques truculents s’inscrivant dans une
trame narrative fantastique dont les ingrédients sont à la fois pataphysiques,
fumistes et gnostiques.
L’agence Pneuma considère que, dans les expositions publiques, le matériel documentaire est pratiquement inexistant, périphérique et (presque) toujours présenté comme extérieur à l’objet qui est proposé à l’appréciation esthétique ; cela tient au fait que ce dernier se définit encore de nos jours par l’opinion, par la quasi-totalité des artistes et par la quasi-totalité des autres acteurs du champ de l’art comme une entité se réduisant à sa stricte dimension d’objet muet.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette dix-huitième conjecture est la nécessité de ne plus appréhender l’objet matériel comme entité physique autonome et indépendante du discours qui la parle, mais uniquement comme « objet d’occasion », comme « objet pré-texte » à la proposition plus globale qui est offerte à l’appréciation esthétique, proposition dont le matériel documentaire fait dorénavant partie intégrante.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette dix-huitième hypothèse théorique est de présenter la séquence articulée des différentes fictions iconographiques (sous forme de publications ou de conférences) comme ce qui, en tant que proposition, est offert à l’appréciation esthétique, et non comme une somme de commentaires additionnels dont on pourrait éventuellement se dispenser.
L’agence Pneuma considère que la séparation (savamment entretenue par les opérateurs jusqu’ici les plus influents dans le champ de l’art) entre le moment de la production d’un objet-matière et le moment de sa légitimation intellectuelle ne se justifie pas. La remise en cause de cette sempiternelle division du travail attribuant à l’artiste la fonction d’ouvrier-producteur d’objets muets et aux autres opérateurs la fonction bien plus noble de producteurs de sens ne peut que conduire ceux qui étaient réduits jusqu’ici aux seules activités de fabrication à prendre dorénavant en charge l’ensemble des processus participant de manière solidaire à la légitimation discursive, autrement dit à cette alchimie langagière consistant à transfigurer un objet banal en objet qui est délibérément proposé à l’appréciation esthétique.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette dix-neuvième conjecture est la nécessité d’aborder le champ de l’art comme le plateau d’un jeu de rôles dont le plus mauvais d’entre tous est indéniablement celui d’artiste (bien plus problématique en tout cas que celui d’historien, de critique d’art, de directeur de publication, ou encore de commissaire d’exposition), pour la raison qu’il se présente comme celui qui dépend le plus fortement de tous les autres.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette dix-neuvième hypothèse théorique est la nécessité de se moquer gentiment, non seulement de ces artistes inconséquents qui se laissent encore confisquer la possibilité de prendre eux-mêmes en charge l’indispensable production de sens (ou de non-sens), mais également de tous ces parasites coriaces qui vivent depuis trop longtemps sur leur dos ; l’objectif sera, par le truchement des fictions iconographiques, de surenchérir mimétiquement sur le ridicule des commentaires qui, le plus souvent, se rapportent aux pratiques s’étant religieusement inféodées aux idoles de l’art dit moderne ou contemporain.
L’agence Pneuma considère qu’une production plastique est différemment perçue selon le texte qui la fonde, c’est-à-dire selon la spécificité de son ancrage discursif ; en d’autres termes, que l’objet matériel prétendument autonome ne saurait être en aucun cas ce qui est globalement proposé à l’appréciation esthétique mais uniquement l’une de ses deux composantes, l’autre étant son environnement documentaire.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette vingtième conjecture est la nécessité de multiplier les récits permettant au public d’appréhender la proposition qui est offerte à l’appréciation esthétique sous l’angle d’une complexité recherchée, complexité faisant nécessairement appel à des productions visuelles et textuelles conjointes qui, de par la somme considérable d’informations à visée dé notationnelle ou exemplificatrice que toutes deux ont pour ambition de synthétiser, exigent une lente et patiente élaboration dans le temps, c’est-à-dire des cycles de production très longs.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette vingtième hypothèse théorique est la nécessité de multiplier les univers de sens possibles, soit en reconsidérant chaque fois de manière ironique un corpus doctrinal spécifique ayant eu son heure de gloire dans l’histoire des différentes théories spéculatives de l’art (approche personnaliste de l’œuvre d’art, approche vitaliste, approche culturaliste, approche idéologique, approche historiciste, approche stylistique, approche anthropologique, approche iconographique, approche iconologique, approche sociologique, approche analytique, approche spirituelle, ou, encore, approche littéraire), soit en usant de la conduite pataphysique qui accorde symboliquement aux linéaments d’un artefact les propriétés des objets appréhendés dans leur virtualité.
L’agence Pneuma considère que notre époque se caractérise par sa capacité stupéfiante à produire des singularités absolument quelconques, c’est-à-dire interchangeables. A l’ère des subjectivités largement (sinon totalement) instrumentalisées, c’est la fonction même d’artiste, d’historien de l’art, de critique ou de commissaire d’exposition qui est désormais placée sous le sceau de l’extrême banalité et non plus seulement l’objet lui-même. En somme, tous les artistes, tous les historiens de l’art, tous les critiques et tous les commissaires d’exposition sont virtuellement aujourd’hui des personnages ready-made ; autrement dit, tous les acteurs et les facteurs de l’art peuvent dorénavant être appréhendés comme archétypes dissertatifs, comme personnages conceptuels dont le programme d’activités peut être construit à l’avance selon des paramètres eux-mêmes prédéfinis.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette vingt-et-unième conjecture est la nécessité de proposer une palette de personnages écrits à l’avance ; ceux qu’elle a choisi de mettre en jeu auront pour caractéristique d’œuvrer conjointement à la mise en abyme des notions d’œuvre, de paternité artistique, d’origine et d’original.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette vingt-et-unième hypothèse théorique est de construire un jeu conversationnel (le labyrinthe des hypothèses masquées) mettant ironiquement en scène des personnages le plus souvent monomaniaques, exacerbant les travers de l’art dit moderne et contemporain ; ces acteurs ready-made qui évoluent dans le champ légèrement décalé du Paradox’art (espace imaginaire portant à son paroxysme le Ridicule de l’art dit contemporain) partagent le trait distinctif d’avoir été construits comme avatars ratés, comme substituts grotesques d’opérateurs réels.
L’agence Pneuma considère que l’espoir est une vertu d’esclave. En effet, l’attitude de l’artiste-producteur d’artefacts qui consiste à attendre gentiment la gloire au fond de son atelier est aussi inefficace que problématique (puisque dépendant du bon-vouloir des autres acteurs du champ qui se partagent la fonction de consécration) ; mieux vaut donc postuler cette notoriété dès le départ en concentrant son effort sur les diverses productions documentaires cumulées (ayant une réalité tangible) qui puissent la rendre vraisemblable.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette vingt-deuxième conjecture est la nécessité de penser prioritairement la proposition destinée à l’appréciation esthétique en partant de son ancrage discursif, et, par voie de conséquence, porter prioritairement l’accent sur les postures d’historien, de critique d’art, d’éditeur ou encore de directeur de publication, tout ceci par le truchement des seules fictions iconographiques.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de
cette vingt-deuxième hypothèse théorique est de s’attacher à produire
d’emblée les documents témoignant de l’importance théorique (supposée) de
l’œuvre relative à chacun des artistes construits (ou artistes ready-made) qui
évoluent dans le champ du Paradox’art, tout ceci par l’entremise des
personnages les plus en vue dans le labyrinthe des hypothèses masquées (à
savoir les théoristes qui participent
à l’élaboration du sens par le verbe et la plume).
L’agence Pneuma considère que rares sont les passerelles qui permettent aux producteurs de biens symboliques d’établir des liens durables entre leurs productions respectives.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette vingt-troisième conjecture est la nécessité de proposer des notices et des artefacts de simulation qui puissent répondre à des sensibilités et à des logiques de questionnement différentes.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de
cette vingt-troisième hypothèse théorique est la nécessité d’introduire régulièrement dans le labyrinthe
des hypothèses masquées des « objets-lien » à forte charge
polysémique qui puissent circuler entre les joueurs, objets parfois textuels,
parfois matériels, que l’on désignera sous l’appellation d’artefacts de fiction
ou de simulation, d’artefacts à identité génétique stratifiée, d’artefacts
pataphysiques, ou encore d’artefacts à visée rhétorique maximaliste.
L’agence Pneuma considère que ce qui dans un objet destiné à l’appréciation esthétique est supposé relever d’une intention (que celle-ci soit déclarée ou non) n’est pas automatiquement perçu, ni vérifiable de façon tangible par le récepteur. D’autre part, l’agence Pneuma considère que ce qui n’est pas automatiquement perceptible dans un objet destiné à l’appréciation esthétique (comme, par exemple, les différentes étapes de son histoire de production) peut néanmoins modifier de façon significative, lorsque le récepteur en a connaissance, les conditions de sa réception, et donc de son appréciation.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette vingt-quatrième conjecture est la nécessité d’élargir le périmètre définitionnel de l’objet qui est proposé à l’appréciation esthétique, en proposant une forme syncrétique qui rendrait enfin accessible à tout récepteur la perception de ce faisceau d’intentions, intentions qui, pour le coup, ne s’afficheraient plus, de manière additionnelle, confidentielle, facultative et discriminante, en amont de la production offerte à l’appréciation esthétique (par le truchement des « récits autorisés » d’artistes et autres « déclarations d’intention » qui sont la plupart du temps ignorés du récepteur), ni non plus en aval (par le canal des diverses herméneutiques qui en font parfois état, a posteriori, dans des revues spécialisées), mais dans le moment même où (et chaque fois que) cette forme syncrétique est présentée à l’appréciation esthétique.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de
cette vingt-quatrième hypothèse théorique est la nécessité de n’utiliser que des formes métissées étant en mesure de
gommer la séparation (fort coûteuse intellectuellement) entre l’objet matériel
et les discours se rapportant à cet
objet matériel. Les productions de l’agence Pneuma qui sont proposées à
l’appréciation esthétique sont donc toujours des formes syncrétiques :
fictions iconographiques sous forme de publications illustrées, blogs et conférences
avec diaporama.
L’agence Pneuma considère que le mécanisme de production de cette vaste forme syncrétique (et non moins extensible) qu’est le labyrinthe des hypothèses masquées doit être appréhendé comme un processus amendable en permanence dans l’exposé de ses différentes strates supposées d’Intentionnalité (supposées parce que scénarisées), et que, par conséquent, chaque nouveau coup joué, chaque nouvelle publication, chaque nouvelle conférence peut se présenter soit comme une extension, soit comme une amélioration d’un ou de plusieurs versions antérieures.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette vingt-cinquième conjecture est la nécessité de s’appuyer prioritairement sur la conduite esthétique pour mettre en relief le processus même de cette correction permanente qui ne saurait trouver d’achèvement (et qui, à ce jour, a concerné trois générations d’individus). Puisque la conduite esthétique n’est pas une contemplation passive mais une activité cognitive particulière se développant sur la base de la satisfaction (ou de la dis-satisfaction) que procure un objet du monde, il en découle que l’opposition entre la phase de la production d’un objet que l’on propose à l’appréciation esthétique et la phase de la relation esthétique qu’un individu peut entretenir avec cet objet n’est pas celle entre un pôle actif et un pôle passif mais celle entre deux pôles d’activités différentes : d’une part, une activité de fabrication d’objets générant une plus ou moins grande satisfaction et, de l’autre, une activité cognitive générant, elle aussi, une plus ou moins grande satisfaction. Si la distinction n’est pas non plus celle entre une activité intéressée et une activité désintéressée, mais entre deux activités intéressées que l’on peut considérer comme perméables l’une à l’autre, alors rien n’empêche un individu de passer alternativement du savoir au faire et de la phase attentionnelle (de la conduite esthétique) à la phase intentionnelle (de l’élaboration d’un projet à caractère représentationnel).
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de
cette vingt-cinquième hypothèse théorique est le refus d’établir une ligne de démarcation infranchissable entre le
moment du faire et le moment de la conduite esthétique. Autant dire que n’importe quel récepteur
peut à tout moment apporter sa contribution visuelle ou discursive au
labyrinthe des hypothèses masquées, en
l’enrichissant par une mise en forme (objectale, textuelle ou les deux à la
fois) de son appréciation esthétique.
L’agence Pneuma considère qu’il est nécessaire de bien dissocier les trois phases d’une conduite esthétique : descriptive, appréciative et évaluative ; et plus précisément de faire la part entre ce qui relève de l’appréciation (c’est-à-dire la plus ou moins grande (dis) satisfaction subjective que nous procure la relation à un objet) et ce qui relève du jugement évaluatif proprement dit (qui se veut une objectivation de cette appréciation subjective). Il convient de ne pas confondre l’état intentionnel qu’est l’appréciation et l’acte intentionnel qu’est le jugement.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette vingt-sixième conjecture est la nécessité de faire l’économie de cette troisième phase superflue du jugement évaluatif (de type Kantien), jugement qui est extérieur à l’attention esthétique proprement dite et qui attribue à l’objet des prédicats (beau, laid, élégant, kitsch, etc.) qui sont causalement induits par la nature même de la relation intentionnelle interne à l’attention esthétique particulière (et, bien entendu, non universalisable) qu’on lui porte.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette vingt-sixième hypothèse théorique consiste à proposer un jeu sans fin, et à partie unique, qui, de par sa structure processuelle et intergénérationnelle, aspire à mettre en difficulté quiconque aurait la tentation de conclure sa conduite esthétique par un acte judicatoire ne prenant pas en compte l’intention esthétique pourtant clairement affichée dès le départ par l’objet processuel qui est proposé à l’appréciation esthétique, jeu qui, par voie de conséquence, a pour ambition de différer en permanence le moment de ce jugement d’évaluation et de surseoir à l’idée même selon laquelle il pourrait y avoir un achèvement possible de l’attention esthétique.
L’agence Pneuma considère que toute nouvelle proposition formelle ou narrative qui est présentée par l’un de ses membres actifs, ou par un nouveau joueur sollicitant son intégration dans le jeu, avant d’être définitivement enregistrée dans l’histoire de production du labyrinthe des hypothèses masquées, doit, au préalable, être impérativement validée, à l’unanimité, par l’ensemble des autres membres. A cette fin, la nouvelle proposition doit nécessairement répondre à une condition : dénoter, exemplifier littéralement ou métaphoriquement l’une des propriétés formelles ou notionnelles de ce fil d’Ariane du jeu qui s’intitule le cordon sans fin (segment x à y).
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette vingt-septième conjecture est la nécessité pour tout joueur intégré, ou pour tout postulant, de maîtriser la totalité des strates d’Intentionnalité simulées qui ont été patiemment construites depuis le début du jeu.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de
cette vingt-septième hypothèse théorique est le refus d’intégrer quiconque n’aurait pas assimilé l’histoire de
production du labyrinthe des hypothèses masquées en tant que suite de
corrections articulées dans leur relation ironique à elles-mêmes et aux autres
productions du champ de l’art. Le prix à payer pourrait se résumer par l’énoncé
suivant : ne pourra entrer dans ce jeu de filiations que celui qui adhère
à l’entièreté de son cadre épistémologique.
L’agence Pneuma considère que c’est l’excès d’analyse et d’informations lui-même qui participe le plus efficacement à l’impitoyable glaciation, à l’inéluctable stérilisation du sens dans la phase historique que nous connaissons. En effet, la concurrence des différents points de vue à l’intérieur du labyrinthe des hypothèses masquées, comme au sein de la société, reste tout à fait secondaire en regard de leur tacite coalition dans l’opération obscène et meurtrière de dissection du réel et de l’imaginaire. A leur insu, tous contribuent à la cannibalisation et à la carnavalisation des modèles hérités de l’art moderne et contemporain.
L’enseignement que l’agence Pneuma retire de cette vingt-huitième conjecture est la nécessité de tenir fermement à distance tous ceux, fort nombreux au demeurant, qui, nostalgiques d’un paradis prétendument perdu, auraient tendance à appréhender le labyrinthe des hypothèses masquées comme un tremplin exemplaire qui inviterait à réinjecter du sens dans la vie sociale, dans la vie politique - et Dieu sait où encore -, alors que, a contrario, il mise depuis toujours sur la surenchère exponentielle de toutes les postures discursives comme stratégie baroque visant à une mise en abyme du sens par l’excès. Ce n’est jamais le sens qui fait jouir les membres de l’agence Pneuma mais tout ce qui vient le dérégler et faire trou en lui.
Pour l’agence Pneuma, la conséquence pratique de cette vingt-huitième hypothèse théorique consiste à s’engager, sur le mode paradoxal, dans l’édification d’une proposition intergénérationnelle exemplifiant ce sentiment d’exil métaphysique que connaissent tous les gnostiques : quand rien de ce qui est relatif aux destinées humaines ne vous affecte, vous pouvez encore, pour attendre gentiment la mort, inventer un signe, un objet, ou un objet-signe, qui puisse vous tenir lieu de passion ; quand votre sensibilité vous a conduit à ne percevoir aucun sens à la vie, il vous reste encore la possibilité de vous inventer une règle suffisamment solide qui puisse vous tenir lieu de nécessité jusqu’à la fin de vos jours : en effet, pourquoi faudrait-il déposer les armes avant l’heure, alors qu’il reste tant d’impasses à expérimenter ?