Point de vue de Pneuma
Bien que ce blog - à l’initiative fort contestable de la bande à Philostrate et de la traductrice - nous semble avoir été pétri avec une farine langagière bien moins digeste que notre idiome uqbarien, nous espérons néanmoins qu’il parviendra à séduire les papilles cérébrales de quelque incorrigible rentier du concept qui peuple vos landes fromagères, et qui, n'en doutons pas, se fera un festin de cette cathédrale de filiations. Étrangère aux divagations de l’imaginaire qui constituent pourtant le trait dominant de notre littérature, cette ambitieuse et bien trop savante présentation dans la langue de Voltaire s'est donné pour objectif superflu d'exposer cliniquement les présupposés théoriques de notre adorable Paradox’art qui, durant un demi-siècle, furent sciemment dissimulés sous une montagne de figures de style. Le lecteur se devra donc de prendre acte du fait que nous, membres de Pneuma, ne sommes nullement solidaires de la mise à nu dégradante et un tantinet obscène à laquelle s’est livré notre traductrice et exégète de circonstance, et que c’est à la demande insistante de la bande à Philostrate qu’elle a décidé de présenter ce qui lui semble constituer les arcanes majeures de cette petite plaisanterie qu'est Le Labyrinthe des hypothèses masquées.
Composé d'articles n’ayant, de prime abord, aucun lien entre eux, ce blog n’a d’autre intérêt, à nos yeux, que de tenter de charmer l’amateur d’énigmes. Toutefois, afin de lui rendre moins commode le décryptage de l’intrigue qu’elles dissimulent sous des artifices plutôt retors, les chroniques savamment entremêlées que nous avons eu l’immense faiblesse de laisser publier dans la langue des Moralistes lui seront présentées sous un aspect inédit, celui du fragment. Ces micro-analyses ayant vocation à être complétées, développées, ou mises en relation, nous jugeons utile de préciser que si, par un jour de grand désœuvrement, du fond de sa solitude, un Sherlock Holmes de la rhétorique envisageait d’apporter sa petite contribution discursive - ou éventuellement plastique - au Labyrinthe des hypothèses masquées, il serait tenu, au préalable, de nous en restituer les différentes séquences constitutives, d'un point de vue chronologique s'entend. Telle serait, en effet, la condition requise pour son admission dans le jeu.
Nul doute que, progressant par subtils recoupements, cet anthropologue des filiations secrètes se rangera assez vite à la conclusion selon laquelle, loin d’être imputables à des pisseurs d’encre en ébriété, ces chroniques à tiroirs jouent un rôle déterminant sur le plan de l’hygiène mentale, et qu’il serait par trop hâtif de les réduire à de simples curiosités ou éjaculations littéraires. En effet, en tant qu’élucubrations fumistes s’inscrivant dans une tradition esthétique du saugrenu, ces commentaires nimbés de mystère n’aspirent pas seulement à rudoyer la race homicide des procréateurs à coups de pompes au cul, elles visent tout autant à immoler sur l’autel de la franche rigolade les productions de ces anartistes et de ces théoristes du Paradox’art qui, en toute liberté, sévissent chez nous en Uqbar depuis plusieurs générations, à l’intérieur d’un dédale en constante expansion. D’ici à présenter notre espiègle saga gnostique comme une exacerbation délibérée des ineptes discours de consécration relatifs à cet art moderne et contemporain qui a cours dans vos métropoles dépravées, il n’y a qu’un pas que d’aucuns franchiront, nous l’espérons, avec courage. Aux intrépides qui parviendraient à cette remarquable déduction, nous dirions tout de go que leur intronisation dans notre petit cercle de plaisantins n’est désormais qu’à une encolure de leur sagacité, et qu’ils nous paraissent déjà solidement équipés sur le plan neuronal pour ébaucher de laconiques prémisses à la préface plutôt concise de cet opuscule embryonnaire qui, à terme, pourrait venir alimenter la vague ambition de préfigurer une définition tout à fait virtuelle, mais ô combien provisoire, du Paradox’art.
Que les âmes en quête de réponses apaisantes et définitives ne soient nullement scandalisées : nous n’avons rien à leur proposer en remplacement de ces deux calamités - l'art et la procréation - qui nous tiennent lieu de prétexte à rigolade. Les chroniques qui suivent ne constituent en aucune façon un dépassement dialectique de l’art contemporain. Notre seule ambition est de pousser un certain nombre de pratiques et de doctrines occidentales relatives à l’art vers leur point de tension extrême - celui de leur réversibilité -, en portant à son paroxysme le ridicule ou le sérieux que chacune porte en elle. De surcroît, au regard de la trop grande lisibilité du propos que ces articles ont patiemment brodé au fil du temps, il nous a semblé plus amusant de les présenter dans une séquence délibérément opaque qui ne coïncide en rien avec les dates de leur homologation chronologique dans le jeu. Cette configuration alambiquée n’est pourtant pas sans présenter quelque avantage : elle offrira au jongleur de conjectures l’opportunité de donner libre cours à son imagination, en échafaudant, par une légitime correction, la trame narrative qu’il estimera la plus conforme à la royauté de ses caprices.
Quant au lecteur indécis qui ne se serait pas encore précipité chez son ersatz de libraire pour exiger le remboursement de son achat, dans une saute d’humeur mesquine qui ne manquera pas, tôt ou tard, de le désigner comme le prototype même du consommateur intempestif, nous nous contenterons de lui susurrer que le registre lexical plutôt rachitique dans lequel il barbote depuis tant d’années sera par trop insuffisant pour obtenir une quelconque gratification à la lecture de ces chroniques au contenu existentiel délibérément sélectif - surtout, si, comme nous le supposons, le pauvre bougre n’est venu au monde que pour éructer des injures en cascade à l’encontre de ces phrases bien trop longues qui, de toute évidence, n’ont été conçues que pour lui donner le tournis. Et, pour le cas où il aurait encore une très légère hésitation - quant au fait de savoir s’il doit ou non s’engager dans le décodage de ces annales un tantinet alambiquées -, qu’il sache qu’elles contiennent bien moins de ces images obscènes dont il se gave à l’ordinaire que d’impitoyables apologues visant à discréditer durablement les cultes grotesques de l’art et de la fécondité. Enfin, sans nous associer une seule seconde à son méprisable désir de voir le texte humblement s’effacer derrière de rassurantes photographies, nous pouvons néanmoins concevoir le profond malaise qui doit à présent l’envahir, car il vient tout juste de réaliser, en le déroulant rapidement, que ce blog ne pourra pas même lui offrir l’ombre d’une consolation rétinienne.